Ouverture internationale

Semaines Amérique latine et Caraïbes – CAMUS : quand la diplomatie relie Nîmes à l’Argentine

Par admin albert-camus-nimes, publié le vendredi 20 mars 2026 15:02 - Mis à jour le lundi 13 avril 2026 15:48

Dans le cadre de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes 2026, notre lycée, Albert Camus à Nîmes , fortement tourné vers l’international grâce à ses nombreux partenariats en Europe et aux États-Unis, a eu l’honneur de suivre une visioconférence animée par plusieurs membres de l’ambassade de France en Argentine le mardi 31 mars 2026. Nous avons ainsi eu la chance d’échanger avec Monsieur Romain Nadal, Ambassadeur de France en Argentine ainsi que Madame Noémie Yepes, sa conseillère politique, et Monsieur Cyril Chabrier, capitaine de frégate détaché auprès de l’ambassade et conseiller-Défense. Ce webinaire était important pour eux comme pour nous car ils sont tous originaires de la ville de Nîmes !

Cette conférence s’adressait à des élèves du lycée ayant un intérêt particulier pour les langues, la diplomatie et les relations internationales. Parmi eux, on trouvait des élèves de section Bachibac ou européenne espagnole, ainsi que des élèves attirés par l’Amérique latine ou la géopolitique, notamment ceux de la spécialité HGGSP ou de l’option Droit et Grands Enjeux du Monde Contemporain. Des élèves de notre lycée, originaires d’Amérique latine et des Caraïbes, étaient également présents. Enfin, des étudiants en BTS commerce international, sur le point d’effectuer un stage au Costa Rica, ont aussi participé à cet échange.

Grâce à cette opportunité, nous avons pu découvrir les coulisses de l’Ambassade de France en Argentine, mieux comprendre l’actualité économique que traverse ce pays et aborder des questions de société comme la commémoration du devoir de mémoire aux victimes de la dictature de la fin des années 70.

« On a tous des parcours un peu variés et c’est cette richesse qui permet de faire face à un maximum de défis auxquels on peut être exposé » (M. Nadal)

Lorsqu’on a abordé les différents parcours de nos trois invités, l’accent a été mis sur la richesse que représentait la diversité de leurs cursus. Monsieur Nadal nous narre son enfance dans le sud de la France : né à Montpellier, il a ensuite passé son enfance et son adolescence à Nîmes. Il se spécialise par la suite en droit avant d’intégrer Sciences Po Paris en master. Enfin, il passe le concours du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Par la suite, ses diverses carrières professionnelles seront très variées. Il devient d’abord rédacteur chargé du droit international et européen de l’environnement, puis rejoint ensuite le cabinet du président de l’Assemblée nationale en tant que conseiller diplomatique et défense. Il sera aussi chef du service de presse et chef de cabinet de l’ambassadeur de France à Madrid, puis reviendra au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à la direction générale de l’administration en tant que responsable de la mission de modernisation. Suite à cela, en 2017, le Président de la République E. Macron le nomme ambassadeur français au Venezuela, en poste à Caracas. Il occupera cette fonction jusqu’en 2023, au plein cœur de la crise politique, économique et migratoire. Depuis 2023, il est ambassadeur en Argentine, dans un pays également frappé par de nombreuses crises économiques.

Monsieur Nadal explique que les différentes fonctions occupées et opportunités rencontrées résultent des offres variables et de sa spécialisation concernant le monde hispanophone.

Madame Yepes, quant à elle, a passé ses années de collège et lycée en Lozère, puis elle a intégré une préparation aux grandes écoles au lycée Daudet à Nîmes. Par la suite, elle réalise une double licence histoire-anglais, puis entre à Sciences Po Lyon en master. Elle s’est également investie dans le milieu associatif, notamment en Équateur. Madame Yepes intègre le Quai d’Orsay en 2019 et occupe la fonction de conseillère politique de l’ambassadeur français d’Argentine à partir de septembre 2024. Son action à l’ambassade concerne la politique étrangère, les droits de l’homme, l’environnement, la santé et bien d’autres thématiques encore.

Enfin, Monsieur Chabrier a également passé une partie de son enfance à Nîmes avant de suivre une préparation pour intégrer l’École navale, à Brest. Son travail à l’ambassade de Buenos Aires touche aujourd’hui à la coopération, à la prévention des crises, à l’armement et d’autres domaines comme l’aide apportée aux migrants en mer.

La question de la « diplomatie de crise » a ensuite été abordée, permettant de passer des parcours individuels aux enjeux internationaux. La crise économique qui touche le Venezuela depuis 2012 a mis en difficulté 8 millions de Vénézuéliens contraints de quitter leur pays. Considérée par l’ONU comme étant le déplacement de personnes le plus important de l’histoire récente de l’Amérique latine, il s’agit d’un véritable drame humain. Nous avons ainsi eu la chance de recueillir le témoignage d’une lycéenne qui nous a touchés par son histoire. Roxana, vénézuélienne, explique : « j’ai dû quitter mon pays en 2019, ce n’est pas facile de laisser sa famille et sa langue derrière soi, même si la France m’a bien accueillie.» Aux yeux de l’ambassadeur, le témoignage de Roxana illustre bien le drame de cette crise politico-humanitaire. Il affirme ensuite qu’être diplomate dans ce contexte fut une expérience très enrichissante et constructive. Dans cette situation, le contact politique est très important : « Il faut savoir dialoguer avec le régime autoritaire, mais aussi avec la société civile ou encore les médias ». En tant que membres de l’ambassade française, leur action est diversifiée : ils peuvent notamment développer des aides humanitaires ou la cantine dans les écoles, nous explique Monsieur Nadal, soulignant l’importance du travail de terrain en équipe.

Dans le prolongement de ces enjeux liés aux crises, nous interrogeons notre invité sur l’état actuel des relations entre l’Argentine et le Vénézuela où il a exercé en tant qu’ambassadeur français. Il nous explique que les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues depuis juillet 2024. En effet, l’élection présidentielle vénézuélienne de 2024 n’a pas été sincère selon le gouvernement Argentin, et face à ces élections « illégitimes », l’Argentine a rompu les relations. Les pourparlers sont donc particulièrement difficiles à mettre en place entre ces deux pays devenus hostiles l’un envers l’autre. Dans ce contexte tendu, la France joue un rôle de médiation non négligeable.

Être ambassadeur, c’est aussi être concerné par les dynamiques économiques qui traversent le pays, ce qui nous a conduit à aborder la situation du pays. En effet, l’Argentine connaît une situation de crise. Le pays subit un important déficit budgétaire et une hyperinflation. Pour redresser l’économie du pays, le président Javier Milei, économiste de formation, a mis en place une « thérapie de choc » d’inspiration libérale. Monsieur Nadal nous apporte de précieux éléments pour mieux comprendre la conjoncture économique du pays. En réalité, l’Argentine est en crise depuis plusieurs décennies ; le pays fait face à une crise budgétaire structurelle et bénéficie du 23 eme plan d’ajustement structurel du FMI .  Le besoin de redresser le pays s’est manifesté lors des élections de 2023, qui ont mené à l’élection d’un économiste, malgré sa courte carrière politique. Ce n’est donc pas une situation récente. Il explique que l’Argentine subit fortement sa dépendance au secteur primaire (production agricole et exploitation des terres rares). En effet, « cette dépendance au secteur primaire engendre ces nombreuses crises », notamment avec des sécheresses de plus en plus fréquentes qui menacent les cultures. La politique de Javier Milei a permis de réduire l’inflation, qui est passée de 211 % en 2023 à 20 % en 2025. Ainsi, sur le plan macroéconomique, la situation s’est améliorée : on observe une stabilité de la parité peso-dollar et le retour des investissements, dont des investissements européens, en particulier dans le lithium. Par ailleurs, des accords avec le Fonds Monétaire International ont permis d’assouplir les conditions d’embauche et de réduire l’économie informelle. Un bilan d’ensemble qui est donc plutôt encourageant selon l’ambassadeur.

 

Dans cette continuité économique, l’ambassadeur s’est ensuite prononcé à propos du Mercosur. Sujet d’actualité brûlant, le Mercosur a directement touché la France ces derniers temps. En effet, en janvier 2026, l’Union européenne, par le biais de la conseillère européenne Ursula von der Leyen, a signé des accords provisoires pour faire partie du Mercosur, après 26 ans de négociations. En France, un bon nombre d’agriculteurs s ‘y sont opposés car cet accord représente une menace pour l’agriculture nationale. Ils protestent ainsi contre le fait que l’Union européenne impose la signature de cet accord à la France. Cependant, le Mercosur a été reçu de façon bien différente en Argentine. Monsieur Nadal affirme en effet qu’« ici, dans les pays du Mercosur, il est perçu comme un accord gagnant-gagnant ; les protestations sont beaucoup moins fortes qu’en Europe, car les pays latino-américains veulent se rapprocher de l’Europe et développer le commerce international avec ces pays ». Face aux inquiétudes, il faut selon lui également considérer les garanties quant aux normes de production et aux volumes des exportations.  Il souligne par ailleurs l’importance d’entretenir des relations commerciales, en s’appuyant sur le cas de la relation Argentine–Brésil,   très porteuse malgré des politiques différentes menées par les deux pays.

Depuis février 2022, l’Ukraine vit sous les bombes. La gestion de ce conflit est devenue internationale, ce qui nous a amenés à interroger Monsieur Chabrier sur son action vis-à-vis des conflits. Attaché de défense en Argentine mais aussi au Paraguay et en Uruguay, il souligne la difficulté de travailler avec des gouvernements aux orientations politiques radicalement différentes. Par exemple, « ce qui est marquant, c’est de voir que l’Argentine et le Paraguay sont deux pays très alignés sur les États-Unis, contrairement à l’Uruguay ».

Autre exemple, l’Argentine propose son soutien aux États-Unis en Iran, ce qui passe par le prêt de moyens militaires. L’Uruguay adopte, lui, une position plus critique et plus similaire à celle de la France : il cherche à ne soutenir ni l’Iran ni les États-Unis. L’enjeu est donc de conseiller efficacement des pays ayant des points de vue très différents sur les situations géopolitiques.

Le travail de Monsieur Chabrier vise également à renseigner les différents ambassadeurs sur la sensibilité des appareils de défense de chacun des pays : la coopération, l’utilisation technique des bâtiments ainsi que la manière de déployer l’armée de terre et l’armée de mer pour la défense, entre autres. Des tâches très diversifiées qui demandent de réelles compétences.

Par ailleurs, l’Argentine est un pays durablement marqué par la dictature militaire qui a eu lieu de 1976 à 1983. La douleur liée à l’horreur des actes commis pendant cette période perdure dans l’histoire du pays, et les plaies sont encore ouvertes. Pour les victimes et leurs familles,  détentions, assassinats arbitraires et tortures méritent d’être commémorés. Pour cela, l’ambassade française joue un rôle important dans le devoir de mémoire,  question centrale autour de laquelle la nation a pu se reconstruire. Selon Madame Yepes,  l’ambassade cherche à maintenir ce lien, notamment avec « les mères et grands-mères de la place de Mai », résistantes pacifistes à la dictature de 1976, et représentantes de la société civile.

Elle insiste sur la nécessité de poursuivre l’engagement au sujet de la mémoire de ces heures sombres en Argentine : « En tant que pays qui a des ressortissants ayant été victimes de la dictature, nous cherchons à être en lien avec les familles de victimes ». L’ambassadeur ajoute qu’ils ont aussi un rôle important dans le travail d’identification des corps des très nombreux disparus pendant cette période de l’histoire, notamment des ressortissants français.

La discussion s’est ensuite orientée vers une autre problématique cruciale à nos yeux de lycéens, celle de l’environnement, prolongeant ainsi les enjeux contemporains abordés. Pour ces représentants de l’ambassade française en Argentine, entretenir des liens avec leurs homologues ainsi qu’avec les diverses provinces argentines est primordial pour mettre en place des mesures environnementales. Ils soulignent aussi que l’Argentine est un pays qui s’engage, faisant toujours partie des accords de Paris et menant une politique de transition énergétique.

« Quand j’étais à votre place, jamais je n’aurais pensé devenir diplomate. » (Romain Nadal)

Phrase finale percutante et porteuse d’espoir pour les élèves, c’est sur ces mots que Monsieur Nadal, mais aussi Madame Yepes et Monsieur Chabrier, nous ont quittés. Le pôle international du lycée Albert Camus conclut, quant à lui, sur la volonté de développer un partenariat scolaire avec un établissement en Argentine afin d’élargir ses échanges et d’offrir à ses élèves la possibilité de découvrir une culture particulièrement riche.

C’est aujourd’hui chose faite grâce au travail d’équipe de l’ambassade puisque le lycée franco-argentin Jean Mermoz de Buenos Aires répond favorablement à notre sollicitation.

- Elia Souclier TG7 – élève du lycée Albert Camus de Nîmes -